Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?
Connaître les instruments de la politique budgétaire et monétaire. Comprendre les contraintes de la coordination européenne.
Introduction
Accroche
Face à la crise de 2020, la BCE a injecté plus de 1 850 milliards d'euros et les États européens ont mobilisé des plans de relance massifs. Comment s'articulent ces politiques dans le cadre européen ?
Problématique
Comment les politiques économiques conjoncturelles peuvent-elles agir sur les déséquilibres macroéconomiques dans le cadre européen ?
Annonce du plan
Nous analyserons d'abord les instruments de la politique budgétaire (I), puis ceux de la politique monétaire (II), et enfin les défis de la coordination européenne (III).
Plan du cours
1. La politique budgétaire
A. Les instruments de la politique budgétaire
La politique budgétaire utilise le budget de l'État (recettes et dépenses) pour agir sur l'activité économique. Une politique expansionniste (hausse des dépenses ou baisse des impôts) stimule la demande globale. Une politique restrictive (austérité) vise à réduire les déficits. Les stabilisateurs automatiques (allocations chômage, impôt progressif) amortissent les fluctuations sans décision discrétionnaire.
Notions clés :
Exemple
En 2020, le déficit public français a atteint 9% du PIB (contre 3% en 2019) sous l'effet des stabilisateurs automatiques et des mesures de soutien.
B. Le multiplicateur budgétaire
Le multiplicateur keynésien mesure l'impact d'une variation des dépenses publiques sur le PIB. Si le multiplicateur est de 1,5, une hausse de 1 milliard de dépenses augmente le PIB de 1,5 milliard. L'efficacité du multiplicateur dépend du contexte : plus élevé en récession, plus faible en économie ouverte (fuites par les importations) et en période de plein emploi.
Notions clés :
Exemple
Le FMI estime le multiplicateur budgétaire entre 0,9 et 1,7 selon les pays et les conditions économiques.
C. Les limites de la politique budgétaire
La politique budgétaire se heurte à plusieurs limites : l'effet d'éviction (la hausse des dépenses publiques peut réduire l'investissement privé via la hausse des taux), la contrainte de la dette publique (soutenabilité), les fuites en économie ouverte, et les délais de mise en œuvre. Les règles européennes (Pacte de stabilité) contraignent l'utilisation de cet outil.
Notions clés :
Exemple
La dette publique française dépasse 110% du PIB en 2023, posant la question de sa soutenabilité à long terme.
2. La politique monétaire
A. Les objectifs et instruments de la BCE
La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour objectif principal la stabilité des prix (inflation proche de 2%). Elle dispose de plusieurs instruments : les taux directeurs (taux de refinancement, facilités), les opérations d'open market (achat/vente de titres), et les réserves obligatoires. Une politique accommodante (taux bas) stimule le crédit et l'activité.
Notions clés :
Exemple
Entre 2015 et 2022, le taux directeur de la BCE était à 0%, voire négatif, pour soutenir l'activité économique.
B. Les canaux de transmission
La politique monétaire agit sur l'économie par plusieurs canaux : le canal du taux d'intérêt (impact sur le crédit et l'investissement), le canal du crédit (conditions d'octroi), le canal du taux de change (compétitivité), le canal des anticipations (crédibilité). L'efficacité dépend de la transmission aux taux de marché et aux comportements des agents.
Notions clés :
Exemple
La baisse des taux directeurs en 2020 s'est transmise aux taux immobiliers, stimulant l'investissement logement.
C. Les politiques non conventionnelles
Face à la trappe à liquidité (taux proches de zéro), les banques centrales ont développé des politiques non conventionnelles : quantitative easing (achats massifs de titres), forward guidance (communication sur les intentions futures), taux négatifs. Ces politiques ont permis d'éviter la déflation mais posent des risques (bulles d'actifs, zombification).
Notions clés :
Exemple
Le programme PEPP de la BCE (2020-2022) a représenté 1 850 milliards d'euros d'achats de titres.
3. La coordination des politiques économiques en Europe
A. Le policy-mix européen
Le policy-mix désigne la combinaison des politiques budgétaire et monétaire. En zone euro, la politique monétaire est unique (BCE) tandis que les politiques budgétaires restent nationales. Cette asymétrie pose des problèmes de coordination : une politique monétaire unique ne peut répondre aux situations différentes des pays membres.
Notions clés :
Exemple
En 2010-2012, la BCE maintenait une politique restrictive alors que certains pays (Grèce, Espagne) auraient eu besoin d'une politique plus accommodante.
B. Les règles budgétaires européennes
Le Pacte de stabilité et de croissance (1997, réformé en 2024) impose des règles budgétaires aux États membres : déficit < 3% du PIB, dette < 60% du PIB. Ces règles visent à éviter les externalités négatives (un pays endetté peut déstabiliser toute la zone) mais limitent la capacité de stabilisation. Le nouveau cadre (2024) privilégie des trajectoires nationales de réduction de dette.
Notions clés :
Exemple
La clause dérogatoire du Pacte de stabilité a été activée en 2020-2023 pour permettre aux États de répondre à la crise Covid.
C. Les limites de la zone euro comme zone monétaire optimale
Selon Mundell, une zone monétaire optimale suppose : mobilité des facteurs, flexibilité des prix et salaires, transferts budgétaires entre régions, diversification productive. La zone euro ne remplit pas tous ces critères, ce qui explique les difficultés face aux chocs asymétriques. Le budget européen reste limité (1% du PIB) et les transferts insuffisants.
Notions clés :
Exemple
Le plan de relance européen NextGenerationEU (750 milliards €) marque une première étape vers plus de solidarité budgétaire.
Auteurs à connaître
Théorie de la demande effective et du multiplicateur - La politique budgétaire peut stabiliser l'économie en période de récession.
« À long terme, nous serons tous morts. »
Monétarisme - L'inflation est toujours un phénomène monétaire. La politique monétaire doit suivre une règle plutôt qu'être discrétionnaire.
« L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire. »
Théorie des zones monétaires optimales - Définit les critères pour qu'une zone monétaire soit viable.
« Une zone monétaire optimale est un espace où la mobilité des facteurs compense l'absence de flexibilité du taux de change. »
Mécanismes à maîtriser
Le multiplicateur keynésien
Une hausse des dépenses publiques ΔG entraîne une hausse du PIB ΔY = k × ΔG, où k = 1/(1-c) est le multiplicateur. La hausse initiale génère des revenus qui sont en partie consommés, créant une nouvelle hausse de revenus, etc.
La transmission de la politique monétaire
Baisse du taux directeur → baisse des taux de marché → hausse du crédit → hausse de l'investissement et de la consommation → hausse du PIB et de l'emploi (avec un délai de 12-18 mois).
L'effet d'éviction
La hausse des dépenses publiques financée par emprunt augmente la demande de fonds prêtables, ce qui élève les taux d'intérêt et réduit l'investissement privé, limitant l'effet du multiplicateur.
La trappe à liquidité
Quand les taux sont proches de zéro, les agents préfèrent détenir de la monnaie plutôt que des titres. La politique monétaire conventionnelle devient inefficace.
Chiffres essentiels
Taux directeur BCE (2023) : 4,5%
Objectif d'inflation BCE : 2%
Dette publique France : 110% du PIB
Déficit public France (2023) : 4,9% du PIB
Budget UE : ~1% du PIB européen
Plan NextGenerationEU : 750 milliards €
PEPP BCE : 1 850 milliards €
Sujets types Bac
Présentez deux instruments de la politique monétaire de la BCE.
Pistes de réflexion :
Taux directeurs et open market. Expliquer le fonctionnement et l'objectif de chacun.
À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la politique budgétaire peut être un instrument efficace de régulation conjoncturelle.
Pistes de réflexion :
Mécanisme du multiplicateur, stabilisateurs automatiques. Nuancer avec les limites (effet d'éviction, délais, contrainte européenne).
Les politiques économiques conjoncturelles sont-elles efficaces pour lutter contre le chômage ?
Pistes de réflexion :
I. Efficacité (relance, soutien à la demande) II. Limites (contraintes, inadaptation au chômage structurel) III. Conditions d'efficacité (coordination, policy-mix).
