Comment lutter contre le chômage ?
Connaître les principales mesures du chômage et leurs limites. Comprendre les différentes analyses du chômage. Connaître les politiques de l'emploi.
Introduction
Accroche
En France, le taux de chômage s'établit à 7,3% en 2023, soit environ 2,3 millions de personnes. Malgré des décennies de politiques de l'emploi, le chômage reste un problème structurel majeur.
Problématique
Comment expliquer le chômage et quelles politiques permettent de le réduire ?
Annonce du plan
Nous analyserons d'abord la mesure et les formes du chômage (I), puis ses causes selon différentes approches théoriques (II), et enfin les politiques de l'emploi (III).
Plan du cours
1. Mesurer et caractériser le chômage
A. Les différentes mesures du chômage
Le chômage se mesure selon deux sources principales. Au sens du BIT (Bureau International du Travail), est chômeur toute personne sans emploi, disponible pour travailler et en recherche active d'emploi. Pôle emploi comptabilise les demandeurs d'emploi en fin de mois (DEFM) selon 5 catégories (A à E). Ces mesures peuvent diverger significativement.
Notions clés :
Exemple
En 2023, le taux de chômage BIT était de 7,3% tandis que Pôle emploi comptait 5,4 millions d'inscrits (toutes catégories), illustrant les différences de mesure.
B. Les limites des indicateurs
Le taux de chômage présente des limites : il ne prend pas en compte le 'halo du chômage' (personnes découragées, en sous-emploi), ni la qualité des emplois. Le taux d'emploi (part des 15-64 ans en emploi) est un indicateur complémentaire important. Le sous-emploi (temps partiel subi) et les travailleurs pauvres échappent à la mesure du chômage.
Notions clés :
Exemple
Le halo du chômage représente environ 1,9 million de personnes en France, soit presque autant que les chômeurs au sens BIT.
C. Les formes du chômage
On distingue plusieurs formes de chômage : frictionnel (temps de recherche entre deux emplois, incompressible), structurel (inadéquation durable entre offre et demande de travail), conjoncturel (lié aux fluctuations économiques). Le chômage de longue durée (>1 an) pose des problèmes spécifiques d'employabilité et d'exclusion.
Notions clés :
Exemple
En France, 40% des chômeurs le sont depuis plus d'un an, ce qui traduit un chômage largement structurel.
2. Les causes du chômage
A. L'analyse néoclassique : un chômage volontaire
Pour les économistes néoclassiques, le marché du travail fonctionne comme tout marché : le salaire réel s'ajuste pour équilibrer offre et demande de travail. Le chômage ne peut être que volontaire (refus de travailler au salaire d'équilibre) ou frictionnel. Les rigidités (SMIC, protections de l'emploi) empêchent l'ajustement et créent du chômage involontaire.
Notions clés :
Exemple
Selon cette analyse, les hausses du SMIC au-dessus du salaire d'équilibre détruiraient des emplois peu qualifiés.
B. L'analyse keynésienne : un chômage involontaire
Pour Keynes, le chômage résulte d'une insuffisance de la demande effective (anticipée par les entreprises). Les entreprises embauchent en fonction des débouchés attendus, pas du niveau des salaires. Le chômage est donc involontaire : des travailleurs accepteraient de travailler au salaire courant mais ne trouvent pas d'emploi. La flexibilité des salaires aggraverait le chômage (effet dépressif sur la consommation).
Notions clés :
Exemple
Lors de la crise de 2008-2009, la chute de la demande a provoqué une hausse brutale du chômage malgré une stabilité des salaires.
C. Les explications structurelles
Le chômage structurel résulte de l'inadéquation entre compétences offertes et demandées (mismatch), des asymétries d'information sur le marché du travail, et des institutions du marché du travail. Le progrès technique peut détruire des emplois dans certains secteurs (déversement). La mondialisation accentue la concurrence sur les emplois peu qualifiés.
Notions clés :
Exemple
La désindustrialisation française a détruit 2 millions d'emplois industriels depuis 1980, insuffisamment compensés par les services.
3. Les politiques de l'emploi
A. Les politiques macroéconomiques de soutien à la demande
Les politiques de relance keynésiennes visent à stimuler la demande globale pour réduire le chômage conjoncturel : politique budgétaire expansionniste (hausse des dépenses publiques, baisse des impôts) et politique monétaire accommodante (baisse des taux d'intérêt). Ces politiques sont efficaces à court terme mais peuvent générer inflation et déficits.
Notions clés :
Exemple
Le plan de relance français de 2020-2021 (100 milliards €) a permis de limiter la hausse du chômage lors de la crise Covid.
B. Les politiques de flexibilisation du marché du travail
Les politiques d'inspiration libérale visent à réduire les rigidités du marché du travail : modération salariale, réduction des cotisations sociales sur les bas salaires, flexibilisation des contrats (rupture conventionnelle, CDI de chantier), réforme de l'assurance-chômage (dégressivité des allocations). La flexisécurité combine flexibilité pour les entreprises et sécurité pour les salariés.
Notions clés :
Exemple
Le modèle danois de flexisécurité combine licenciement facile, indemnisation généreuse et formation intensive des chômeurs.
C. Les politiques actives de l'emploi
Les politiques actives visent à améliorer le fonctionnement du marché du travail : formation professionnelle (réduire le mismatch), accompagnement des chômeurs (Pôle emploi), emplois aidés (contrats subventionnés dans le secteur non marchand), incitations au retour à l'emploi (prime d'activité). Elles s'opposent aux politiques passives (indemnisation).
Notions clés :
Exemple
Le plan '1 jeune 1 solution' (2020) a mobilisé 9 milliards € pour l'emploi et la formation des jeunes.
Auteurs à connaître
Théorie du chômage involontaire - Le chômage résulte d'une insuffisance de la demande effective, pas d'un niveau de salaire trop élevé.
« Le niveau de l'emploi dépend de la demande effective. »
Taux de chômage naturel - Il existe un taux de chômage d'équilibre incompressible, déterminé par les caractéristiques structurelles du marché du travail.
« Il existe un taux de chômage naturel compatible avec l'équilibre sur le marché du travail. »
Loi d'Okun - Relation empirique entre croissance du PIB et variation du chômage : il faut environ 2% de croissance pour stabiliser le chômage.
« Une croissance de 3% au-dessus de la tendance réduit le chômage d'un point. »
Mécanismes à maîtriser
L'équilibre offre/demande de travail (néoclassique)
Le salaire réel s'ajuste pour équilibrer l'offre de travail (croissante avec le salaire) et la demande de travail (décroissante). Un salaire minimum au-dessus de l'équilibre crée un excès d'offre (chômage).
La demande effective (keynésien)
Les entreprises fixent leur niveau de production et d'emploi en fonction de la demande qu'elles anticipent. Une anticipation pessimiste réduit l'emploi, ce qui réduit les revenus et valide les anticipations (cercle vicieux).
La courbe de Phillips
Relation inverse entre inflation et chômage à court terme : une politique de relance réduit le chômage mais augmente l'inflation. À long terme, cette relation disparaît (anticipations adaptatives).
Le mismatch de compétences
Inadéquation entre les compétences offertes par les chômeurs et celles demandées par les entreprises. Explique la coexistence de chômage et d'emplois vacants.
Chiffres essentiels
Taux de chômage France (2023) : 7,3%
Nombre de chômeurs BIT : 2,3 millions
DEFM catégorie A : 2,8 millions
Taux de chômage des jeunes : 17%
Chômage de longue durée : 40% des chômeurs
SMIC 2024 : 1 766 € brut/mois
Dépenses politiques de l'emploi : 150 milliards €/an
Sujets types Bac
Distinguez chômage structurel et chômage conjoncturel.
Pistes de réflexion :
Définir les deux notions, donner les causes respectives, illustrer par des exemples. Le conjoncturel est lié aux fluctuations, le structurel à l'inadéquation offre/demande.
À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les politiques de l'emploi peuvent réduire le chômage structurel.
Pistes de réflexion :
Mobiliser formation, accompagnement, incitations. Réduire le mismatch, améliorer l'appariement. Limites : coût, effets d'aubaine.
La flexibilité du marché du travail permet-elle de réduire le chômage ?
Pistes de réflexion :
I. Arguments en faveur (ajustement, compétitivité) II. Limites (précarité, demande) III. Conditions (flexisécurité).
