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Terminale SES4-5 semaines

Quels sont les répertoires de l'action collective ?

Connaître les différentes formes d'engagement politique. Comprendre les transformations de l'action collective.

Introduction

Accroche

Des Gilets jaunes au mouvement climat, des pétitions en ligne aux occupations de places, l'action collective prend des formes de plus en plus diverses. Comment les citoyens se mobilisent-ils pour défendre leurs intérêts ou leurs valeurs ?

Problématique

Comment expliquer les formes, les transformations et les déterminants de l'action collective ?

Annonce du plan

Nous analyserons d'abord les différentes formes de l'engagement politique (I), puis les ressorts de l'action collective (II), et enfin les transformations contemporaines des mobilisations (III).

Plan du cours

1. Les formes de l'engagement politique

A. De l'engagement conventionnel à l'engagement protestataire

L'engagement politique prend des formes variées : conventionnelles (vote, adhésion partisane, militantisme associatif) et non conventionnelles ou protestataires (manifestations, grèves, occupations, désobéissance civile). Cette distinction s'est brouillée : la manifestation est devenue une forme banalisée d'expression politique, tandis que l'abstention peut exprimer une protestation.

Notions clés :

Engagement politiqueParticipation conventionnelleProtestationMilitantisme

Exemple

Le taux de syndicalisation français (10%) est faible, mais les manifestations restent massives (jusqu'à 1 million contre les retraites en 2023).

B. Les répertoires d'action collective

Charles Tilly définit le répertoire d'action collective comme l'ensemble des moyens de protestation disponibles à une époque donnée. Ces répertoires évoluent : passage du répertoire local-patronné (XVIIIe siècle, jacqueries) au répertoire national-autonome (XIXe, grèves, manifestations). Aujourd'hui, un répertoire transnational émerge (altermondialisme, marches climat).

Notions clés :

Répertoire d'action collectiveMouvement socialGrèveManifestation

Exemple

Le sit-in, inventé par le mouvement des droits civiques américains dans les années 1960, s'est diffusé mondialement.

C. Les groupes d'intérêt et leur action

Les groupes d'intérêt (syndicats, lobbies, associations) défendent des intérêts particuliers ou des causes auprès des pouvoirs publics. Leur répertoire combine action institutionnelle (lobbying, expertise, négociation) et action protestataire (mobilisation médiatique). Mancur Olson analyse le paradoxe de l'action collective : pourquoi s'engager si on peut bénéficier des gains sans participer (passager clandestin) ?

Notions clés :

Groupes d'intérêtLobbyingParadoxe de l'action collectivePassager clandestin

Exemple

Les agriculteurs, malgré leur faible nombre, obtiennent des politiques favorables grâce à leur forte capacité d'action collective (blocages).

2. Les ressorts de l'action collective

A. Les incitations à l'engagement

Olson montre que l'action collective rationnelle nécessite des incitations sélectives (avantages réservés aux participants). Mais les motivations sont aussi identitaires (sentiment d'appartenance), morales (indignation, valeurs) et affectives (sociabilité militante). La rétribution du militantisme n'est pas que matérielle : elle inclut le sens, le prestige, les compétences acquises.

Notions clés :

Incitations sélectivesRétributions du militantismeIdentité collectiveEngagement moral

Exemple

Les militants de Greenpeace acceptent des risques pour des causes dont ils ne seront pas les bénéficiaires directs (générations futures).

B. La structure des opportunités politiques

Le succès d'une mobilisation dépend du contexte politique : degré d'ouverture du système politique (possibilité d'accès), stabilité des alignements politiques, présence d'alliés au sein de l'État, capacité répressive de l'État. Une 'fenêtre d'opportunité' peut déclencher ou amplifier une mobilisation latente.

Notions clés :

Structure des opportunités politiquesFenêtre d'opportunitéAlliés institutionnelsCycle de protestation

Exemple

Le mouvement des droits civiques a bénéficié du soutien de l'administration Kennedy et de décisions favorables de la Cour suprême.

C. Le rôle des organisations et des ressources

La théorie de la mobilisation des ressources (McCarthy, Zald) insiste sur les ressources organisationnelles : argent, temps, compétences, réseaux. Les 'entrepreneurs de cause' jouent un rôle clé dans la construction des mouvements. Le cadrage (framing) permet de définir le problème, de désigner des responsables et de proposer des solutions.

Notions clés :

Mobilisation des ressourcesEntrepreneurs de causeCadrageOrganisation

Exemple

Le mouvement #MeToo a bénéficié d'un cadrage efficace reliant des expériences individuelles à une cause collective.

3. Les transformations de l'action collective

A. Des anciens aux nouveaux mouvements sociaux

Les 'anciens' mouvements sociaux (mouvement ouvrier) se structuraient autour du conflit capital-travail, avec des organisations stables (syndicats, partis). Les 'nouveaux' mouvements sociaux (féminisme, écologie, LGBTQ+) portent des enjeux post-matérialistes (identité, reconnaissance, qualité de vie), avec des formes plus fluides et expressives.

Notions clés :

Mouvement ouvrierNouveaux mouvements sociauxPost-matérialismePolitique identitaire

Exemple

Le mouvement écologiste combine revendications matérielles (pollution) et post-matérialistes (rapport à la nature, modes de vie).

B. L'individualisation de l'engagement

L'engagement contemporain serait plus individualisé : militantisme 'distancié' ou 'affranchi' (engagement ponctuel, cause par cause), consommation engagée (boycott, buycott), pétitions en ligne. Jacques Ion parle de passage du 'militantisme total' (identité englobante) au 'militantisme affranchi' (engagement à la carte). Cette évolution reflète l'individualisation des sociétés.

Notions clés :

Militantisme distanciéConsommation engagéeEngagement à la carteIndividualisation

Exemple

Les pétitions en ligne (Change.org) recueillent des millions de signatures mais impliquent un engagement minimal.

C. Le rôle des réseaux sociaux numériques

Les réseaux sociaux transforment l'action collective : diffusion virale de l'information, coordination sans organisation formelle, mobilisation éclair (flash mobs). Ils abaissent le coût de l'engagement mais posent la question de la profondeur : 'slacktivisme' vs mobilisation réelle. Les mouvements Printemps arabe, Indignés, Gilets jaunes illustrent ce nouveau répertoire.

Notions clés :

Réseaux sociauxMobilisation en ligneSlacktivismeCoordination décentralisée

Exemple

Le mouvement des Gilets jaunes s'est coordonné via Facebook sans organisation préexistante ni leadership identifié.

Auteurs à connaître

C
Charles Tilly

Concept de répertoire d'action collective - Ensemble des moyens de protestation disponibles et légitimes à une époque donnée, qui évoluent historiquement.

« Les gens ne se révoltent pas n'importe comment, ils choisissent parmi un répertoire d'actions connu et légitime. »

M
Mancur Olson

Paradoxe de l'action collective - L'action collective rationnelle est improbable sans incitations sélectives, car chacun est tenté d'être passager clandestin.

« Il n'est pas rationnel de contribuer à une action collective si on peut bénéficier des résultats sans y participer. »

A
Alberto Melucci

Analyse des nouveaux mouvements sociaux - Mouvements centrés sur l'identité et la reconnaissance plutôt que sur la redistribution économique.

« Les nouveaux mouvements sociaux sont des prophètes du présent. »

J
Jacques Ion

Thèse du militantisme distancié - Passage d'un engagement total et durable à un engagement partiel, ponctuel et négocié.

« L'engagement militant n'est plus l'engagement de toute une vie, mais un engagement à la carte. »

Mécanismes à maîtriser

Le paradoxe de l'action collective

L'action collective pour un bien commun est rationnellement improbable : chacun préfère laisser les autres agir et bénéficier du résultat (free rider). Des incitations sélectives ou des motivations non économiques résolvent ce paradoxe.

Le cycle de protestation

Les mobilisations suivent des cycles : émergence, diffusion, institutionnalisation ou répression. Une mobilisation réussie ouvre des opportunités pour d'autres mouvements (effet de démonstration).

Le cadrage

Les mouvements construisent un cadre d'interprétation de la situation : diagnostic (quel est le problème ?), pronostic (quelle solution ?), motivation (pourquoi agir ?). Un cadrage efficace permet de recruter et de légitimer l'action.

La spirale du silence

Les individus taisent leurs opinions s'ils les croient minoritaires, ce qui renforce l'impression de consensus. Les mouvements sociaux brisent cette spirale en rendant visible le mécontentement.

Chiffres essentiels

Taux de syndicalisation France : 10% (vs 65% en Suède)

Nombre de manifestations par an (France) : environ 10 000

Adhésion à une association : 45% des Français

Taux de participation aux européennes 2024 : 51,5%

Pétitions en ligne signées par jour (monde) : plusieurs millions

Part des 18-24 ans ayant participé à une manifestation : 30%

Gilets jaunes (pic) : 282 000 manifestants (17 nov 2018)

Sujets types Bac

EC1

Montrez que l'action collective peut se heurter au paradoxe du passager clandestin.

Pistes de réflexion :

Définir le paradoxe (Olson), logique du free rider, exemples. Solutions : incitations sélectives, motivations identitaires.

EC3

À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les répertoires de l'action collective se sont transformés.

Pistes de réflexion :

Définir répertoire (Tilly), évolution historique, nouveaux mouvements sociaux, rôle du numérique.

Dissertation

L'engagement politique se transforme-t-il ?

Pistes de réflexion :

I. Déclin des formes traditionnelles (partis, syndicats) II. Nouvelles formes (associatif, numérique, consumérisme politique) III. Recomposition plutôt que déclin.

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